Exposition Monfreid sous le soleil de Gauguin au Musée Hyacinthe Rigaud

Le Musée Hyacinthe Rigaud nous a offert en 2022 “Monfreid sous le soleil de Gauguin“, une exposition d’envergure internationale en jetant une lumière inédite sur le travail fascinant de George Daniel de Monfreid, ce peintre extraordinaire qui a vécu ici dans les Pyrénées orientales, y arpentant, dans sa peinture et dans la vie, les paysages du territoire pour les immortaliser dans des toiles aux couleurs ensoleillées.

Sur plus de 400 m² ici à Perpignan, cette rétrospective inégalée a réuni près de 150 œuvres venues des plus grands musées, proposant une relecture originale de son travail sous le soleil de son amitié unique et sincère avec Paul Gauguin. C’est à Monfreid que Gauguin confiera ses toiles lorsqu’il se rendra en Polynésie, c’est à Monfreid qu’il écrira près de 85 lettres de correspondance depuis les Iles Marquises, c’est encore à lui que sera confiée l’exécution de son testament des années plus tard.

Cette histoire, Monfreid l’a consignée dans 96 carnets journaliers rédigés sur plus de 30 ans, racontant chaque moment de sa vie. 10 000 pages dont nous allons pouvoir découvrir des inédits ici, et l’intégralité sur le site du musée. Au fil de l’exposition, nous suivimes le cheminement singulier d’un peintre naturaliste, véritable passeur de modernité, aussi bien dans son art que dans son rapport à l’œuvre de Gauguin, que l’on mesure ici avec ces fameux bois gravés qui lui serviront à l’impression du manuscrit Noa Noa.

Une relation privilégiée entre ces deux artistes qui façonnera leur art, magnifiquement encapsulé par cette toile majeure qui présente derrière le couple Monfreid un autoportrait que Gauguin lui avait dédicacé, mis en regard avec l’une de ses sculptures. Une toile qui se présente ici dans un face à face troublant, mêlant en miroir les œuvres des deux artistes. Avec ce nouvel éclairage, nous redécouvrons l’œuvre facettée et virtuose de Monfreid, une œuvre qui transporte notre regard, donnant vie à de flamboyantes natures mortes gorgées de couleurs, jouant sur les matières, les motifs et les effets de lumière pour faire vibrer ses compositions. Nous plongeons aveuglément, ou presque dans ses paysages baignés d’une lumière fauve électrisante, des paysages ensoleillés par les couleurs du bonheur.

Au fil de la visite, Monfreid se révèle aussi comme un véritable maître de la figure humaine, magnifiquement illustré avec cette galerie de portraits, sensuels et sensibles, jouant sur une palette audacieuse et subtile, d’une modernité picturale troublante, comme ici avec cet autoportrait à la veste blanche, une pièce historique où rayonne le divisionnisme des couleurs, présentée en 1889 lors de l’exposition organisée par Gauguin au Café Volpini, juste en face de l’Exposition universelle ; Monfreid s’affirme avant tout comme un artiste libre, qui ne peut se cantonner à un mouvement pictural précis, mais qui s’inscrit définitivement dans la construction d’une modernité fondatrice du XXe siècle.

Une éblouissante excursion artistique dans l’intimité de deux complices de toujours à nouveau réunis dans cette sublime exposition.

Conférence “George Daniel de Monfreid, le Catalan” par Laure Latham

Date: 26 août 2022

Musée Hyacinthe Rigaud

A l’occasion de la seconde édition de la biographie qu’elle consacre à son aïeul, Laure Latham livre un regard intime sur l’artiste et l’influence du Catalanisme et de la Catalogne, à la fois dans son oeuvre et dans sa vie. 

Randonnée dans les pas de George Daniel de Monfreid, avec Laure Latham

Durée : 2h30 environ.

Avec Laure Latham

En compagnie de Laure Latham, partez sur les traces de son aïeul, George Daniel de Monfreid, pour découvrir la côte qui mène de la plage de La Franqui au village de Leucate.

Dimanche 26 juin 2022, RDV à 9h30 à la gare de Leucate-La Franqui ou à 10h00 devant le Point d’information Touristique La Franqui (avenue Henri de Monfreid, 11370 Leucate)

MUSÉE D’ART HYACINTHE RIGAUD PERPIGNAN
Du 25 juin au 31 décembre 2022
21 rue Mailly, 66000 Perpignan

 

Passage du canal de Suez en 1923

Voyage en Côte des Somalis et en Abyssinie

George Daniel de Monfreid et son fils Henry font en 1923 un voyage historique en Afrique. Père et fils embarquent le 7 septembre 1923 sur le Chili, bateau des Messageries maritimes pour Djibouti.

Après une traversée houleuse de la Méditerranée, le 12 septembre ils approchent de Port-Saïd. Dans la journée, Henry descend à terre pour ses affaires et revient dans l’après-midi avec un certain Bitounis qui ne parle qu’italien. Vers trois heures on évacue les visiteurs et on entre dans le Canal de Suez. Il reste assez tard dans la nuit, sur le pont pour voir ce canal qui navigue très lentement guidé par un projecteur à l’avant. Le lendemain vers 5h30, il remonte sur le pont pour voir le port de Suez et leur départ vent arrière vers la Mer Rouge.

Enfin la Mer Rouge, sa chaleur et les multiples petits lieux d’ancrage qu’Henry connaît si bien. Tout cela se passe bien doucement mais Henry est sur les dents, averti par Armgart qu’une cargaison de Charas (Haschich) qu’il pensait cachée dans sa maison d’Araoué a été saisi par le futur négus Tafari.

Durant tout le voyage de son père, Henry se bat pour récupérer son haschich sans que son père ne mentionne quoique ce soit de cette affaire. Bitounis était-il partie de ce complot? Rien ne la prouve mais…

En tous cas, le père fit le portrait de sa petite fille Gisèle, peignit des paysages et, avec une lettre d’Albert Sarraut,  fut reçu avec Armgart par le gouverneur.


Film “Gauguin, Voyage à Tahiti” (2017) | L’Atelier Sauvage ou Tristes Tropiques ?

Samedi, par un bel après-midi d’automne, je suis allé voir le film « Gauguin, voyage à Tahiti » d’Edouard Deluc avec Vincent Cassel en Gauguin et Tuheï Adams en Tehura. Je pensai y retrouver quelques éléments des lettres du Sauvage à mon arrière-grand-père George Daniel de Monfreid ou de Noa Noa, le récit qu’il a fait de ce séjour. Il y avait de cela dans ce « biopic » mais aussi un manque de chaleur pour l’artiste qui a peint de telles merveilles de la vie tahitienne et un certain flou dans le récit. Je m’explique.

Les acteurs?

Vincent Cassel dans le rôle de l’artiste bourru est crédible. Tuheï Adams fait une belle Tehura ou tout au moins, un beau modèle. On la voit poser pour certaines très belles toiles comme Nafea Faaipoipe (Quand te maries-tu ?), Manao Tupapao (L’esprit des morts veille), Otahi (Seule) ou Merahi metua no Tehamana (Tehamana et Tehura sont la même personne et a de nombreux parents). Le décor de végétation tropicale est beau bien que manquant des couleurs tropicales du peintre. La photo n’est pas l’œil des impressionnistes ou synthétistes. 

La question n’est pas là. Elle est inhérente aux récits que le peintre a fait de sa vie tahitienne à son épouse Mette et à George Daniel dans ses lettres et au récit de sa vie qu’il a écrit dans Noa Noa. A son épouse, il racontait l’accueil chaleureux des autorités, l’enterrement du roi Pomaré ou ses ennuis de santé. À George Daniel, ses ennuis d’argent mais aussi ses réalisations artistiques. Dans Noa Noa il fait la peinture d’un univers tropical idyllique, ses amours avec Tehura et les légendes du panthéon tahitien que la belle maori lui aurait raconté. Chacun son public : la préservation de la famille pour Mette, la chasse à la vente et à la récupération des dettes pour George Daniel et le monde merveilleux d’une civilisation perdue pour les futurs acheteurs de ses toiles à son retour en France.

Gauguin

Hélas, tout cela ne fait pas une histoire. Edouard Deluc a choisi l’option de faire de Gauguin un artiste maudit, malade, sans le sous, survivant dans un monde colonial qui n’est pas le sien : « Tristes Tropiques » en quelque sorte ! Il en fait un amoureux, ayant du mal à assouvir les besoins d’élégance de la jeune femme et l’enfermant dans une maison coloniale pour qu’elle ne s’échappe pas. Gauguin serait arrivé pauvre à Tahiti et reparti pauvre, méprisé par la communauté coloniale et incompris des naturels avec qui il vivait. Entre temps, il aurait dessiné, peint des toiles et gravé des bois.

C’est un peu court.

L’explication artistique de la représentation de ce monde vivant et coloré reste absente. Où est donc l’innovation et le rêve dans tout cela ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Gauguin fut le premier à peindre et faire aimer des « sauvages » dans leur milieu. Il a accrédité, par l’image, le mythe de la Nouvelle Cythère que chantaient les navigateurs, Bougainville, Cook et autres révoltés de la Bounty. Un beau sujet de film !

Marc Latham, 26 septembre 2017

11 janvier 1894. Gauguin s’expose dans « L’Atelier des Mers du Sud »

Hier soir, avec Annette, mon ami biterrois Calmel et sa copine Yvonou, nous sommes allés, rue Vercingétorix, à la première des jeudis de Gauguin dans son nouvel «Atelier des Mers du Sud». L’atelier lui-même est des plus étonnant. Les murs sont peints en jaune de chrome et les portes et fenêtres en vert olive. Sur les murs, les dernières œuvres du «Sauvage» et des toiles de ses amis Cézanne, Van Gogh et bien d’autres. Mon paysage de Villeneuve les Escaldes y figure aussi.

Dans l’assistance, sa nouvelle maitresse, Annah la javanaise et son singe Taoa, ses voisins, le compositeur William Molard et sa compagne la sculptrice Ida Ericson, le violoniste Upaupa Schneklud, Sérusier, le nabis sculpteur Lacombe, le poète Charles Morice. Il nous lit quelques passages de Noa Noa, les souvenirs de ses amours avec Tehura, qu’il est en train d’écrire. Il nous conte les légendes maoris, le charme de l’île heureuse, en poèmes sculptés dans des stèles de bois de fer ou déployés en peintures riches et précieuses.

Les Escaldes 1891, dit à tort Banyuls Landscape

Par la suite, certains journalistes parleront de débauche au cours de ces réunions, avec consommation d’absinthe et autres alcools. Mes souvenirs sont clairs à ce sujet. Les bouteilles, la verte, se réduisaient à la traditionnelle tasse de thé que les amis de Gauguin, M. et Mme Wiliam Molard, ses voisins, confectionnaient sur le poêle, et dont, tout en devisant, chacun prenait sa part à sa guise. On faisait presque toujours de la musique classique. Le compositeur Delius, de son air aimable accompagnait un violoniste norvégien pour une sonate de Beethoven ou exécutait quelques œuvres de Grieg. Dans ce milieu, Gauguin perdait toute son arrogance farouche, se montrait bon enfant, accueillant et simple.

Paul Gauguin : Couverture de Noa Noa préparée durant son séjour parisien.

Je me mets à rêver à ces moments précieux et au destin de cet homme révolté. Il a quitté famille, amis, pays et un métier rémunérateur pour s’exiler vers ses paradis exotiques et y pratiquer son art. En serai-je capable ? Non, bien sûr. Je ne l’ai même pas suivi en Bretagne où la compagnie était des plus relevées. Mais j’adore rêver d’aventures et là, Gauguin m’en donne plein les yeux et les oreilles.

Rêver oui, mais avec Gauguin j’ai toujours peur d’une trop grande intimité car le Tahitien est un mufle. Il n’y a qu’à voir comment il s’est comporté avec «Schuff». Ce tableau de «La famille Schuffenecker» avec madame qu’il aurait tenté de séduire, en personnage dur et méprisant. Ou encore cette pauvre Juliette Huet qu’Annette lui a présenté et qu’il a peint dans le tableau «La perte du pucelage». Il le lui a fait perdre ce pucelage et lui a même fait un enfant. Décidément non. Je veux bien m’occuper de lui quand il est à Tahiti, mais j’ai trop peur des dégâts que peut faire cet homme dans un ménage, en particulier avec Annette qui a été son modèle.

George Daniel alias Marc Latham, Thou le 27 janvier 2017

Hiver 1917, il y a cent ans

31 décembre. La neige tombe sur Saint-Clément. Le Canigou et la vallée sont blancs. La maison est froide. Agnès et Annette se réchauffent comme elles peuvent dans la cuisine. Hier matin j’ai scié du bois. Cela réchauffe et donne de la valeur à la flambée dans la cheminée du salon. Dans la cour, il y a 25 cm de poudreuse. Je tente bien de déblayer un passage pour accéder au chemin. N’y arrivant pas, je chausse des skis et part pour Corneilla chercher le courrier. Il est midi et demi ; la poste est fermée et l’on me dit que les trains ne circulent pas depuis avant-hier, donc pas de courrier. La maison est vide. Mais où sont les amis ? Ce charmant Louis Bausil qui effarouchait les bonnes les soirs de fête, le chantre Catalan, Gustave Violet ou le peintre vigneron, Eugène Terrus, l’ami de Matisse ?

Hiver 1917

Dans sa grisaille et ses nouvelles déprimantes, 1917 a été illuminé par les fiançailles d’Agnès avec Louis Huc, un jeune médecin militaire, fils d’un riche propriétaire du biterrois. Le mariage était prévu vers la fin de l’année. Agnès et Louis sont impatients mais la guerre est toujours là, plus terrible et lancinante que jamais. Louis peut être appelé à tous moment dans un hôpital de campagne sur le front. Accepteront-ils d’attendre la fin du conflit ? Agnès continue de faire de la musique avec Déodat de Séverac à Prades mais ce temps nous coupe de tout.

Henry m’a envoyé un télégramme de Djibouti, la semaine dernière, pour m’annoncer son succès à son examen de capitaine au long cours. Je lui ai répondu que j’étais fier de lui et que cela lui bien utile. Je rêve de savoir comment sa petite famille s’installe dans cet enfer tropical. Armgart m’a demandé des couleurs pour peindre. Ne m’enverrait-elle pas une de ses délicieuse lettres, pleines de nouvelles, que je lis en cachette d’Annette qui est jalouse comme une tigresse?

Je n’ai pas touché un pinceau ou un pastel depuis le portrait au pastel d’Agnès, en jeune fiancée catalane, de juillet dernier. Tout cela est déprimant mais il gèle dans l’atelier et la salle à manger est peu propice à la peinture. Ceci étant, je me sent rouillé et il va falloir que je me ré-exerce. N’ayant pas envi de peindre, je me suis exercé cette année sur une gravure, belle mais compliquée. J’en ai envoyé une copie à Armgart avec les explications suivantes : La gravure que je vous met ici est mon premier essai de paysage en tant que sujet principal. (…) J’ai voulu exprimer le Canigou dans sa grandeur imposante dominant royalement Corneilla sous sa couronne de nuages et la vieille église romane, noble de ses 900 ans, président à la terre et aux bêtes dans leur vie archaïque.

Demain 1er janvier 1918. De quoi sera faite cette nouvelle année ? La guerre va-t-elle enfin se terminer ? Pourrais-je me remettre à peindre comme avant ?

George Daniel alias Marc Latham, Thou

Le 18 janvier 2017

Conférence en images à Leucate: “George Daniel de Monfreid | Artiste et Confident de Gauguin”

Mardi 29 novembre 2016 se tint à 18h 30 une présentation de la biographie de George Daniel de Monfreid à la médiathèque de Leucate.

George Daniel de Monfreid
La présentation

Une trentaine de personne, invités par Nicole Braud, la directrice de la médiathèque s’était réunies  dans ce lieu convivial, malgré un temps pourri à l’extérieur.

George Daniel de Monfreid
La salle durant la présentation

Parmi elles Nathalie et Patrick Chappert Gaujal et de nombreux résidents hivernaux de cette station balnéaire.

George Daniel de Monfreid
Jacques Hiron, historien de Leucate, se fait dédicacer un livre par Marc Latham.

La présentation illustrée d’une cinquantaine de photos, montées sur un support PowerPoint, dura environ 3/4 d’heures sans qu’aucun ronflement (la hantise du conférencier!) ne vienne la perturber.

George Daniel de Monfreid
La présentation

Applaudissements, discussion et dédicace des livres furent l’occasion de chaleureux échanges et un buffet froid, offert par la mairie suivit.

George Daniel de Monfreid
Serge Picarel, le Président de l’Association Henry de Monfreid à Leucate, se fait dédicacer un livre par Marc Latham.

Merci à la ville de Leucate et à Nathalie Chappert Gaujal pour l’organisation de cette soirée.

George Daniel de Monfreid
Marc Latham pendant la discussion.